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"Number One", portrait affecteux des contradictions marocaines
Number onePour son premier film, la cinéaste Zakia Tahiri est retournée dans son pays d'origine, le Maroc. Elle signe une comédie originale sur les changements introduits dans le Code du statut personnel marocain, la Moudawana, en faveur des femmes.

"Mon Number One, je l'ai cherché, découvert et apprivoisé. Je l'ai détesté et je lui ai pardonné... Il m'a fait peur, rire et pleurer", lance poétiquement Zakia Tahiri. C'est dans les rues grouillantes de Casablanca qu'elle a donné vie à Aziz, le héros du premier film qu'elle réalise seule, dans un pays qu'elle a quitté depuis plus de vingt ans. Une comédie décalée sur un Maroc entre réalité, tradition et transition, qui parle des femmes à travers un personnage d'homme, joué par le revenant Saâdallah Aziz, entouré de Khadija Assad, Driss Roukh et Abderrahim Bargach. Le pitch ? Un machiste pur jus coule des jours heureux, dans un Maroc où la Moudawana n'est qu'une loi, jusqu'au jour où, ensorcelé par son épouse, il se transforme en féministe malgré lui... "J'ai envie de faire de cette fable un vrai film de divertissement, à la fois drôle et émouvant", explique Zakia Tahiri, donnant le ton de cette comédie populaire, évitant par la farce tout discours moralisateur : "Les Marocains n'ont pas besoin de leçons, je veux seulement pointer les maladresses et les incohérences", ajoute-t-elle.

Le "petit soldat", comme l'a surnommée sa mère, pour sa combativité, naît en 1963 à Lille, d'un père marocain et d'une mère française. Très vite, Zakia sait qu'elle veut devenir comédienne. Après une adolescence casablancaise, elle apprend le métier à Paris, successivement sur les bancs du cours Florent, du cours Simon et à la Rue Blanche. En parallèle, elle s'installe définitivement en France avec sa famille, ne rentrant au Maroc que pour les vacances. Amoureuse précoce de cinéma, Zakia y a porté presque toutes les casquettes. Finalement, c'est le cinéma marocain qui lui offre ses plus beaux rôles. En 1987, Farida Belyazid la choisit pour incarner son héroïne dans Une porte sur le ciel. Mohamed Abderrahmane Tazi fait appel à elle pour Badis (1988) puis pour la comédie à grand succès A la recherche du mari de ma femme (1994). "Je n'ai jamais coupé le cordon avec le Maroc, confie-t-elle. Même si ma vie est aujourd'hui à Paris."

Son retour au Maroc, le temps d'un long-métrage, est autant motivé par des facteurs personnels que professionnels. "Il est essentiel pour moi de revenir dans mon pays, pour tourner un film qui, je l'espère, saura toucher le public marocain. Je ne veux surtout pas faire le film d'une étrangère sur le Maroc." Et tout en reconnaissant les qualités du cinéma français, qui lui a permis de forger ses compétences, elle juge le milieu trop verrouillé : "En France, on vous impose trop de restrictions au niveau artistique. A titre d'exemple, sans têtes d'affiche, vous êtes pratiquement sûr de ne pas être produit. Les producteurs préfèrent un scénario accrocheur avec un gros casting", déplore-t-elle, avant de poursuivre : "Au Maroc, on dispose de beaucoup plus de liberté dans la mise en scène, car c'est d'abord le public qui vous juge." Revers de la médaille, ici, ce sont les financements qui manquent cruellement, "même si, grâce au fonds d'aide du Centre cinématographique marocain et à l'implication plus importante des chaînes de télé marocaines dans la production de longs-métrages [c'est notamment le cas pour Number One], de nombreuses créations voient le jour", nuance-t-elle.

Source: Courrier international
Le: 25/09/09
 
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