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«Tutorat» pour les élèves issus de l’immigration : 20 ans de succès d’un programme pédagogique conçu par un Marocain.
Grande place de bruxelleDans les communes bruxelloises à forte concentration d’immigrés, l’échec scolaire constitue un handicap à l’insertion dans la vie sociale, auquel le sociologue belge d’origine marocaine, Ahmed Medhoune, a donné une réponse par «Tutorat», un programme pédagogique devenu aujourd’hui le premier programme national de soutien scolaire en Belgique.

Echevin de la commune bruxelloise Saint-Josse-Ten-Noode, qui accueille une grande population issue de l’immigration, Ahmed Medhoune a conçu, il y a 20 ans, le projet pédagogique «Tutorat», qui lui a valu en 2004 une consécration à l’Unesco.
«Tutorat» vise à encadrer, aider et accompagner les élèves du secondaire ne bénéficiant pas d’un environnement social, familial ou culturel favorable à leur réussite éducative et à leur épanouissement, a expliqué le professeur Medhoune dans un entretien à MAP-Bruxelles.
Valoriser les jeunes pour les rendre acteurs de demain, telle est l’ambition de ce programme, qui depuis son lancement en 1989 a permis à plus de 18.000 élèves d’être encadrés par 1.800 étudiants tuteurs.
M. Medhoune, également directeur de département à l’Université libre de Bruxelles (ULB), précise que le principe de son programme est simple: des étudiants de l’université vont dans des établissements scolaires pour aider des jeunes de l’enseignement secondaire dans une matière qui leur pose problème, en organisant des séances en dehors des heures de cours, par groupes de 4 à 8 élèves, en collaboration avec les enseignants.
Ce programme a pour objectif de lutter contre l’échec scolaire et de soutenir les élèves sur le plan du savoir, du savoir-faire et du savoir-être. Il vise également à réconcilier les jeunes avec l’école et à les aider à retrouver confiance en eux.
«Il n’y a pas de réussite à l’école sans confiance en soi. Ces étudiants préparent et accompagnent les élèves. Ils ne les jugent pas, ne les évaluent pas. Ils on un regard positif sur eux. Proche en âge et en statut, le tuteur est perçu comme un grand frère», souligne M. Medhoune.
Ce regard positif, poursuit-il, aide les jeunes à se défaire du jugement scolaire et du nœud psychique de la honte, qui sont de nature à les fragiliser.
«C’est le cas surtout chez les jeunes issus de l’immigration, notamment les Marocains, qui vivent aussi le poids des stéréotypes que portent la diaspora, les stéréotypes de l’échec en général, parfois de l’échec de l’expérience migratoire, celle de leurs parents. Leur identité est abîmée par les miroirs qui renvoient des images négatives du groupe auquel ils appartiennent», ajoute le sociologue.
Selon lui, le fait d’avoir dans leur univers marqué par la discrimination et les difficultés, des étudiants jeunes qui représentent un horizon positif, est de nature à redonner à ces élèves goût aux études et à leur rendre espoir. Cela leur permet de remonter la pente, et de revoir leur ambition scolaire à la hausse.

Lutter contre l’échec scolaire, avec les enseignants:

«L’idée du tutorat est également de cumuler, additionner et coordonner les efforts et les énergies pour lutter contre l’échec scolaire, avec les enseignants. Pour ces derniers, c’est important parce que ces étudiants sont des alliés, des partenaires, des assistants...», dit-il.
Et pour ces étudiants, généralement motivés par le partage des connaissances, la gestion et le contact avec les jeunes, le tutorat est bien souvent un moyen d’allier l’utile à l’agréable en étant rémunérés pour un travail qui leur plait et qui a un caractère social, souligne M. Medhoune.
Depuis son lancement, ce projet s’est progressivement étendu à une école sur 4 à Bruxelles (25 écoles). Plus de 130 étudiants de l’université viennent en aide à 1200 élèves de l’enseignement secondaire.
Du plus grand dispositif de soutien scolaire à Bruxelles, ce programme est devenu aujourd’hui le premier programme national en Belgique grâce au soutien de la fondation Roi Baudouin.
20 dispositifs de tutorat sont organisés dans une vingtaine de villes belges, et depuis 20 ans, plus de 18.000 élèves sont encadrés par 1800 étudiants-tuteurs.
En septembre 2004, «Tutorat» a obtenu la médaille +Jan Amos Comenius+, un des prix les plus prestigieux de l’Unesco, attribué tous les quatre ans, et qui récompense un projet mené dans le domaine de la recherche et l’innovation en éducation.
Une première pour un projet belge. «Grâce à cette reconnaissance internationale, «Tutorat» a acquis ses lettres de noblesse», affirme le sociologue.
Fier et heureux du succès de son projet, M. Medhoune a, par la suite, créé en 2006 l’association «Schola ULB» qui a repris dans ses missions la gestion et le développement du programme «Tutorat».
«Schola ULB» est une association à but non lucratif qui mène des actions en éducation, en particulier dans le domaine de l’innovation et du soutien scolaire. Cette association organise également le «Forum des Innovations en éducation», un rendez-vous qui a pour objectif d’identifier les pratiques pédagogiques innovantes dans l’enseignement secondaire.
«Schola ULB» veut apporter au concert des déplorations sur l’école une note discordante et résolument positive, en valorisant les acteurs de l’éducation qui déploient, avec et autour des élèves, des trésors d’imagination et en aidant concrètement les élèves à se réconcilier avec l’école», conclut M. Medhoune.

Source: Passportsanté
Le: 24/02/09
 
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