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Le système bancaire au Maroc est-il solide et sain?
système bancaireMercredi 9 novembre, l’agence de notation internationale Standard & Poor’s a relevé la note du secteur bancaire marocain, le faisant passer du groupe 8 au 7 sur une échelle de 1 à 10, où 10 est la pire note et 1 la meilleure. Cette amélioration, qui fait suite à la refonte du système de classification de l’agence, montre que le système bancaire du Maroc est devenu plus résilient, à l’instar d’autres pays, faisant partie du même groupe, tels que la Russie, la Jordanie, la Hongrie ou la Bulgarie.

Cela dit, malgré ce relèvement, la position actuelle du Maroc, selon le référentiel de S&P, signifie que le risque attaché au secteur bancaire demeure «très élevé». Pour l’agence de notation, ce risque est attribuable principalement à la nature de l’économie marocaine, qui reste très dépendante de secteurs cycliques et influencée par des facteurs exogènes, comme l’agriculture et le tourisme.

Même s’il ne s’agit pas d’une dégradation, les autorités monétaires marocaines ont accueilli la nouvelle note du secteur bancaire marocain avec une certaine insatisfaction. Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, a affirmé dans une déclaration à la presse qu’il espérait une progression de deux grades, et qu’il y a certains points dans le rapport de l’agence sur lesquels il y a matière à discuter.

Les prêts du secteur bancaire sont bien répartis

Qu’en est-il réellement de la solidité financière du système bancaire marocain et des risques qui l’entourent ? Nos banques méritent-elles leur qualificatif de «risque très élevé» ?

Tout d’abord, il y a lieu de rappeler qu’après l’implémentation, en 2007, du dispositif prudentiel Bâle II (voir encadré) dans son approche standard, le secteur bancaire a adopté en 2010 les approches avancées du dispositif, notamment en ce qui concerne les modalités de couverture des risques par les fonds propres.

Sur cette base, on peut dire que malgré un environnement défavorable, les banques marocaines ont globalement maîtrisé leurs risques. Elles ont en parallèle poursuivi le renforcement de leurs fonds propres afin d’assurer une meilleure couverture des trois types de risques qui les entourent, à savoir le risque de crédit, de marché et le risque opérationnel. Certes, quelques indicateurs sectoriels ont évolué défavorablement, comme le coût du risque, la liquidité des actifs et la sensibilité au risque de marché. Mais, globalement, la situation du système bancaire demeure saine et en conformité avec les règles prudentielles adoptées à l’échelle internationale.

Avant d’entrer dans le détail des indicateurs de solvabilité des banques, il convient de se pencher sur la remarque de S&P sur la dépendance aux secteurs cycliques de l’économie s’impose.

Si la croissance économique au Maroc reste, certes, influencée par les réalisations de certains secteurs qu’on peut qualifier de volatils, comme l’agriculture et le tourisme, l’exposition du système bancaire à ces secteurs demeure, elle, très limitée. En 2010, les prêts au secteur primaire ne représentaient en effet que 6,1% de l’encours des crédits bancaires. Pour ce qui est du tourisme, l’exposition des banques est encore plus limitée : 2,9% des crédits.
D’une manière générale, l’encours des crédits bancaires est assez bien réparti entre les différents acteurs économiques.

Le secteur du BTP, où le risque de non remboursement est faible, pèse 13,3%, et les prêts à l’industrie représentent près de 17% du total. Le commerce accapare 6,2% des prêts du système, tandis que l’Etat et les collectivités locales totalisent 5% de l’encours des crédits. Quant aux ménages, ils monopolisent plus de 28% des crédits, dont une grande partie sous forme de prêts immobiliers, assortis de garanties solides.
En fait, les risques encourus par le secteur bancaire entament même une décélération par rapport aux années précédentes. Ils sont quantifiés, selon le dispositif Bâle II, à 660 milliards de DH à fin 2010, soit une progression de 7,8% contre 13,5% en 2009.

Les créances en souffrance ne pèsent plus que 4,8% du total des crédits

Le risque de crédit, qui traduit la possibilité de non-remboursement des créances sur la clientèle - pas les créances en souffrance- a totalisé 577 milliards de DH. Il marque une hausse de 6,2% par rapport à 2009 suite principalement à l’accroissement des crédits distribués. Le risque de marché est celui des pertes probables liées à des évolutions défavorables des prix des marchés (actions, obligations, devises, matières premières...). Il s’est élevé à 28,3 milliards de DH, en augmentation de 25,8% par rapport à 2009. Quant au risque opérationnel, il traduit les pertes potentielles suite à des carences ou défaillances inhérentes aux procédures, au personnel et aux systèmes internes ou externes. Il pèse 54,5 milliards de DH, en progression de 17%.

Face à l’ensemble de ces risques, le montant des fonds propres prudentiels des banques s’est établi à 81 milliards de DH, affichant une hausse de 12,6%. Cette amélioration provient du renforcement des fonds propres de base suite à la mise en réserve par les banques d’une partie plus importante de leurs bénéfices ainsi qu’aux opérations d’augmentation de capital. Le recours aux émissions de dettes subordonnées (quasi fonds propres) ont également contribué à cette progression.
Dans ce contexte, la ratio de solvabilité des banques (fonds propres prudentiels rapportés aux risques bancaires) s’est amélioré en affichant des niveaux supérieurs aux exigences réglementaires minimales. Il s’établit à 12,3% en 2010 après 11,8% en 2009 et 11,2% en 2008, sachant que le minimum réglementaire est de 10%.

Le renforcement des fonds propres permet d’atténuer le poids des créances en souffrance nettes des provisions, puisque ces dernières ne représentent plus que 12,2% des fonds propres, contre près de 14% en 2008. Et même en dehors de l’augmentation des fonds propres, les créances en souffrance ont vu leur poids diminuer par rapport à l’ensemble des crédits distribués, passant de 6% en 2008 à 4,8% en 2010, suite à une plus grande vigilance des banques dans l’octroi de nouveaux crédits.
Pour ce qui est de la rentabilité des banques, le rendement moyen des actifs est resté stable, à 1,2%. Pour sa part, le rendement des fonds propres est passé de 16,7% en 2008 à 14,2% en 2010, non pas à cause d’une dégradation de la capacité bénéficiaire des banques, mais en raison du renforcement des fonds propres de ces dernières années. Par ailleurs, les revenus bancaires ont tendance à plus se diversifier, la marge d’intérêt ne représentant que 76,3% du produit net bancaire en 2010 contre 78,1% en 2008. Quant à la productivité, le poids des charges d’exploitation dans le PNB des banques a reculé de 47,8% à 46,3%, et ce, malgré l’importance des investissements opérés dans l’ouverture de nouvelles agences.

Globalement, donc, la situation du système bancaire marocain est saine, avec des fonds propres suffisants, un encours de crédits bien réparti et une rentabilité qui demeure élevée. Toutefois, quelques indicateurs sont à surveiller de près. Il s’agit notamment du coût du risque (provisions pour créances en souffrance) qui consomment désormais 18,3% du résultat brut d’exploitation des banques contre 12,4% seulement en 2008 ; du ratio de liquidité (actifs liquides / passifs à court terme) qui s’est contracté de 24,7% en 2008 à 16% en 2010 ; et de la sensibilité au risque de marché (positions ouvertes en devises / fonds propres) qui est passée de 6,5% en 2008 à 10,3% en 2010.

Source: La vie éco par Souhail Nhaili
Le: 06/12/2011

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