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Combien d'heures travaillent les Marocains
heures de travailsIls travaillent 45.5 heures en moyenne par semaine, soit 1h30 de plus que la durée légale du travail. Dans les services, on monte à 49.6 heures. Les patrons travaillent 53 heures par semaine et les diplômés moyens plus que les diplômés du supérieur.

Les Marocains travaillent-ils beaucoup, assez ou très peu ? La grande surprise que révèle la dernière enquête du Haut commissariat au plan (HCP) sur l’emploi et ses caractéristiques, est que, globalement, les actifs occupés au Maroc travaillent en moyenne 45,5 heures par semaine, soit une heure et demie de plus que la durée légale du travail qui est de 44 heures (48 heures avant 2005). On pouvait s’attendre à plus, car ces 45,5 heures par semaine sont du travail effectif, donc comprenant les heures supplémentaires. En fait, ce que montrent les statistiques du HCP, c’est que la durée hebdomadaire du travail varie d’un secteur d’activité à l’autre. Ce faisant, si la moyenne nationale est de 45,5 heures par semaine, heures supplémentaires comprises, c’est parce que dans le secteur primaire (agriculture, forêt et pêche) la durée hebdomadaire est en dessous des 40 heures (39,7 exactement).

Hormis ce secteur, la durée hebdomadaire approche, dans certains cas, les 50 heures par semaine. Dans les services, par exemple, on travaille 49,6 heures par semaine, dans l’industrie (y compris l’artisanat) 49,3 heures et dans le BTP 48,2 heures. S’agissant de ce qui est appelé «Activités mal désignées», c’est-à-dire les activités informelles, c’est 48,1 heures par semaine.

Il s’agit là, on l’a compris, de moyennes sectorielles. A l’intérieur de chaque secteur, la durée hebdomadaire de travail varie en fonction à la fois du statut professionnel et du sexe. Ainsi, si les salariés travaillent 47,4 heures par semaine, les employeurs, eux, atteignent les 53 heures. Tous secteurs et statuts confondus, les femmes travaillent bien moins (35,3 heures) que les hommes (49,2 heures) ; cet écart s’expliquant sans doute par les interruptions de travail liées aux congés de maternité, en particulier.
Par niveau de formation, ce sont les diplômés du niveau moyen qui travaillent le plus, ou qui passent plus d’heures au travail (49,1 heures par semaine), suivis des sans-diplômes (45,5 heures) et, loin derrière, par les diplômés du supérieur (39,5 heures).

37.5 heures dans la fonction publique

Malgré ces écarts de temps, le volume global d’heures travaillées par semaine (472,8 millions d’heures, soit 45,5 heures par actif occupé) est, comme précisé avant, presque conforme à la durée légale du travail telle qu’elle est fixée dans le code du travail. Il faut juste préciser ici que cette durée légale s’applique au secteur privé ainsi qu’aux entreprises et établissements à caractère industriel, commercial ou agricole relevant de l’Etat et des collectivités locales, aux coopératives, aux syndicats, aux associations et groupements de toute nature. Dans la fonction publique, en revanche, la durée de travail hebdomadaire est de 37,5 heures seulement.

Alors, les Marocains travaillent-ils beaucoup ou pas assez ? Nonobstant la qualité du travail accompli (ce qui renvoie à la problématique de la productivité), on est tenté de répondre que les Marocains travaillent tout de même assez… Pourquoi ? Parce que la moyenne d’heures de travail effectuée est en réalité tirée vers le bas par les «aides familiales» dans le secteur primaire, qui constituent une grosse part dans l’emploi en milieu rural (74,7%) et un bon cinquième au niveau national (22,6%). Cette population ne travaille que 36,7 heures par semaine. D’où, soit dit en passant, l’importance du phénomène du sous-emploi, qui représente aujourd’hui près de 11% de la population active.
Globalement, les actifs occupés travaillent donc un peu plus que les 2 288 heures par an (soit 44 heures par semaine) fixées par le code du travail. Ce volume annuel du travail est aujourd’hui peu répandu dans le monde ; la tendance ayant été, depuis un siècle et demi, à la diminution du temps du travail.

Moins de 40 h par semaine dans 63% des pays de l’UE

Dans les pays développés, les énormes gains de productivité réalisés, le développement du salariat et, depuis peu, du temps partiel, ont assez fortement contribué à la baisse du temps du travail. En France, par exemple, l’on est passé de 2 230 heures par an en 1950 à 1 600 heures aujourd’hui. Et il faut savoir qu’en Europe, ce ne sont pas seulement les durées légales ou conventionnelles (selon les cas) qui ont été réduites ; même les heures effectives travaillées sont en-deçà du maximum autorisé. En France encore, la durée conventionnelle moyenne est de 35 heures par semaine (loi Aubry) et la durée maximum autorisée est de 48 heures.
En réalité, les Français ne travaillent pas plus de 41 heures par semaine. En Espagne c’est un peu le contraire : pour une durée conventionnelle de 38,5 heures par semaine et un maximum autorisé de 40 heures, les Espagnols travaillent 41,9 heures par semaine. Et encore, faut-il préciser ici que ces durées concernent le travail à plein temps. Autrement dit, si l’on avait tenu compte du travail partiel, ces moyennes auraient été encore moins élevées. Plus globalement, dans 63% des pays membres de l’Union européenne, les durées effectives de travail sont inférieures à 40 heures par semaine.
Dans les pays émergents ou en développement, en revanche, les durées de travail légales sont relativement un peu plus élevées.

Comme déjà indiqué, ces écarts de temps de travail s’expliquent, au moins en partie, par les niveaux de productivité qui restent inférieurs dans les pays en voie de développement. Mais il n’y a pas que cela : le développement ou non du salariat est également un facteur qui explique, selon les experts, les niveaux du temps de travail. Et cela est facile à comprendre : le développement du salariat induit le développement de la syndicalisation et donc…une pression pour l’amélioration des conditions de travail, dont la durée du travail.
Au Maroc, le salariat aujourd’hui, bien que progressant (lentement) ne représente que 44,2% dans l’emploi total ; le reste est constitué, en gros, des indépendants (27,7%) et des aides familiales (22,6%). En France, les actifs occupés sont à 91% des salariés, en Allemagne 88%, en suède 89%…
Un autre élément est à considérer dans la durée du travail: le nombre de jours fériés. C’est autant de temps soustrait à l’activité. Au Maroc, le nombre de jours fériés est d’une quinzaine de jours (huit jours en Algérie et neuf en Tunisie, à titre de comparaison).
Dans l’Union européenne, on compte 11,9 jours fériés par an, avec toutefois des différences parfois très importantes entre les pays : 18 jours en Slovénie et Chypre, 15 en Slovaquie, 9 jours en Allemagne et en Espagne, 8 jours au Royaume Uni…
Finalement, sur le strict plan du volume de travail accompli par la population active occupée du Maroc, il est difficile de soutenir que les Marocains ne travaillent pas assez. Pour la productivité, c’est une autre histoire...

Source: La vie économique
Le: 29/11/2011

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