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Révolutions et bon usage des réseaux sociaux
révolution réseaux sociauxLe 31 janvier, les autorités égyptiennes bloquaient les accès à Internet. Le 2 février, après deux jours d’interruption, les fournisseurs d’accès reprenaient leurs activités. Sans doute le gouvernement du Caire avait-il tenté de restreindre les capacités organisationnelles qu’offrent à leurs utilisateurs les réseaux sociaux mais sans avoir bien mesuré les conséquences de ces interdictions.

C’est qu’il est singulier le rôle tenu par les réseaux dans les manifestations populaires. L’emploi de Facebook, Twitter, YouTube… peut contribuer au renversement d’un régime. Tout réseau social complique la tâche des dictatures… Le 27 janvier, dans une interview diffusée sur YouTube, Barack Obama assimilait l’emploi sans entrave des réseaux sociaux à une liberté fondamentale!
Cependant, pour inciter des peuples à la révolte, des réseaux sociaux ne sont pas suffisants; ils ne sont pas responsables de la Révolution du Jasmin ou des évènements égyptiens, pas plus que les cassettes de l’ayatollah Khomeiny n’avaient provoqué la chute du Shah d’Iran en 1979. Un réseau social facilite la tâche d’un groupe de révolutionnaires pour tout ce qui concerne la participation, l’organisation, le recrutement, la propagande… L’outil, toutefois, a ses défauts; il faut savoir l’utiliser, il faut disposer d’un grand nombre de destinataires potentiels; sa simplicité d’emploi nuit à la confidentialité des propos échangés.

En Tunisie comme en Egypte, Facebook a été mis à contribution pour organiser l’émeute, diffuser des mots d’ordre, amorcer les campagnes de désobéissance ou les actions de rues. Déjà en Iran, le «Mouvement Vert» de 2009 a été suivi par les médias occidentaux, grâce à YouTube et à Twitter. En Moldavie, les troubles d’avril 2009 ont vite été qualifiés de «Révolution Twitter». Pas un commentateur extérieur qui n’ait été fasciné par ce moyen extraordinaire, grâce auquel il est possible de suivre sur son ordinateur et en temps réel les évènements là où ils se déroulent, d’écouter les propos des témoins, de regarder les foules s’agiter… Cependant, une révolution est autre chose que son écho sur Internet. Renverser un régime suppose une organisation, des fonds, un encadrement des manifestants. Si les médias sociaux permettent de diffuser instantanément les messages que les inspirateurs de l’insurrection veulent envoyer aux militants, le pouvoir peut, lui aussi, utiliser ces procédés pour induire les émeutiers en erreur, leur adresser de fausses informations ou des instructions contradictoires… Dépendre trop exclusivement des réseaux sociaux risque de nuire à un mouvement prometteur.
La clé de la réussite dépend de la capacité des meneurs à convaincre les gens qu’ils doivent quitter leur domicile où ils sont à l’abri pour s’en aller se mêler aux luttes urbaines.
Si grâce à Internet, un leader peut s’attirer, à moindre coût, la sympathie d’une partie de la population, cela ne signifie pas qu’il sera capable de l’amener à agir ouvertement. Facebook constitue un substitut commode et anonyme à l’action physique, cela ne suffit pas pour balayer un pouvoir.
Il faut aussi compter avec la fracture numérique qui, dans certains pays, peut être béante. Le nombre de gens disposant d’un accès à Internet doit être supérieur à une certaine masse critique, laquelle reste d’ailleurs à déterminer. D’autant plus que ces personnes ne partageront pas toutes les idéaux de la révolution. En Egypte, «le mouvement du 6 avril» rassemble sur Internet une fraction non précisée de la population susceptible d’accéder à la Toile, évaluée en 2009 à 15,4% des 80 millions d’Egyptiens. Cependant, utiliser Internet ne signifie pas que l’on peut s’y connecter à tout instant. Selon le quotidien canadien «The Globe and Mail» du 27 janvier 2011, les abonnés à un serveur dans le monde arabe sont des personnes jeunes, plutôt aisées et d’un bon niveau culturel.

En Tunisie, le nombre d’utilisateurs d’Internet s’élevait à trois millions en 2009, soit un taux de 29%, pour un nombre d’abonnés de 300.000 ou 3% de la population. Or «il est difficile de «bloguer» ou d’interagir régulièrement sur des forums sans disposer d’un accès régulier à Internet»(1).
L’abonnement à Internet est certainement plus répandu au sein des diasporas iranienne, tunisienne, égyptienne,… que dans les pays d’où elles sont originaires. Ces diasporas relaient alors les images des émeutes, communiquant parfois directement avec de grands médias, mis dans l’impossibilité de travailler sur place. L’écho international de l’évènement s’en voit alors renforcé.
Mais il demeure impossible pour un mouvement révolutionnaire d’ignorer les catégories sociales moins favorisées, classes moyennes, ouvriers, artisans, retraités modestes, paysans, toutes personnes dont l’accès à Internet, surtout dans un pays en voie de développement, est normalement limité. A défaut, le mouvement risque de souffrir d’un manque de représentativité.
Tout mouvement qui entend faire reculer un pouvoir doit être prêt à prendre le relais d’Internet sitôt ses accès fermés, en distribuant des tracts, en posant des affiches, en utilisant fax, téléphones, messageries, voire le bouche-à-oreille…
Si les réseaux sociaux permettent d’atteindre quantité de personnes, la simplicité de ces réseaux permet aussi de les surveiller, voire de les infiltrer, sans grande difficulté.
Toutes les informations disponibles sur Facebook sont accessibles au premier informaticien venu. Les réseaux sociaux sont des canaux utilisables par tout pouvoir soucieux de connaître les sentiments de ses administrés. De plus, les dictatures ne manquent pas de conditionner l’octroi des licences d’exploitation à la communication de toutes les données concernant la localisation et l’identité des utilisateurs ainsi que le contenu des messages échangés. On trouve sur Facebook une nuée d’informations, y compris des photographies, souvent renseignées, précieuses pour la police. A l’inverse, tout effort des usagers pour chiffrer leurs propos nuit évidemment à une large diffusion des informations, des éléments de doctrine, des instructions que l’on souhaite transmettre…
Mais contrôler propos et activités exige du temps et des moyens. Un pouvoir peut donc choisir de fermer tel ou tel site jugé dangereux sans pour autant recourir à une interdiction générale d’Internet, solution radicale mais gênante. Ce dernier procédé a pourtant été utilisé, on l’a dit, par le gouvernement égyptien, mais aussi par la Chine à l’encontre de la Région autonome du Xinjiang, lors des révoltes des Ouighours en juillet 2009. L’Egypte, comme la Chine, ou d’autres régimes de la même eau, ne manquent pas de soumettre par contrat les sociétés dispensatrices de services Internet à l’obligation de fermer les accès dès que l’ordre leur en est donné.

Une révolution ne sera jamais le fait d’un leader virtuel. Pour être reconnu, celui qui souhaite changer un ordre des choses devenu insupportable, doit être connu du plus grand nombre. Alors, il lui faudra venir sans tarder se présenter au grand jour devant le peuple plus ou moins rassemblé, pour affirmer un projet, présenter un programme, séduire les foules par un physique, une voix, un style.
Internet et les nouveaux médias sont à bien des égards des outils révolutionnaires mais qui ne sauraient garantir le succès de la révolution.

Source: L'économiste
Le: 10/02/2011

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